BACCALAURÉAT

Il est temps de donner quelques notes, c’est bien plus rapide et plus simple que d’écrire, n’est-ce pas. Le barème : sur cinq.

COMPÉTITION

OUVERTURE : MIDNIGHT IN PARIS (1)

WE NEED TO TALK ABOUT KEVIN (0)

MICHAEL (0)

HABEMUS PAPAM (4)

LE GAMIN AU VÉLO (2)

THE ARTIST (3)

LE HAVRE (4)

PATER (5)

HANEZU NO TSUKI (2)

THE TREE OF LIFE (4)

CLÔTURE : LES BIEN-AIMÉS (4)

 

QUINZAINE

ELDJFALL (3)

IMPARDONNABLES (1)

 

SEMAINE DE LA CRITIQUE

LA GUERRE EST DÉCLARÉE (5)

17 FILLES (2)

WALK AWAY RENÉE (4)

TAKE SHELTER (3)


UN CERTAIN REGARD

THE HUNTER (0)

COMPETITION : LE PAPE EST UN ARTISTE

THE ARTIST est une belle surprise car il n’est pas un film second degré. C’était une grosse crainte. Bérénice Bejo est excellente - elle a à la fois parfaitement assimilé les codes de composition d’actrices muettes et elle propose une contemporanéité toute délicieuse, dans quelques gestes, quelques regards. C’est d’ailleurs un grand plaisir de se faire surprendre par quelques attitudes modernes au sein d’un film-muet-en-noir-et-blanc. HABEMUS PAPAM est le meilleur film vu en compétition pour le moment (dimanche soir). Piccoli est extrêmement touchant et met une claque monumentale au regard paumé de Tilda Swinton. Le film est une belle errance qui propose une réflexion pertinente sur la représentation et ses enjeux. Évidemment, on doit creuser tout ça mais le temps manque cruellement.

Ouais ben ça m’impressionne toujours

Ouais ben ça m’impressionne toujours

La Villa Inrocks après la tempête (pas Take Shelter mais Bewitched Hands)

La Villa Inrocks après la tempête (pas Take Shelter mais Bewitched Hands)

DEUX ROUES ET UN ROUX

J’aime bien les Dardenne, mais c’est toujours très éphémère. Je ne boude pas mon plaisir à voir leurs films (même si je ne ressens jamais grand chose, le temps passe plutôt bien) – Le Gamin au vélo y compris, donc – puis je les oublie très vite. Celui-ci devrait rester en mémoire un peu plus longtemps que prévu pour le petit exploit qu’il produit : faire de Cécile de France une comédienne convenable.  

L’AMI CAOUETTE

Excellente sélection à la Semaine de la critique. D’abord la très belle ouverture avec La Guerre est déclarée (lire plus bas). Second gros coup de cœur après le Donzelli : Walk Away Renée de Jonathan Caouette. Un prolongement à Tarnation : Renée est la mère du cinéaste. Sorte d’immense poème sinueux, à la fois tragique, pop, instable, véloce et violent, le film est une seule et grande même fulgurance. Jonathan et sa mère traversent les Etats-Unis pour le transfert d’hôpital psychiatrique de cette dernière. On renoue avec le passé, on s’envole dans des délires cosmiques épileptiques. C’est un joyeux bordel qui ne cesse de travailler une même intention : faire de l’autobiographie une matière élastique et trouée qui ne sombre jamais dans le narcissisme. Ravagée par des années d’HP et par les électrochocs, Renée est au cœur du film en même temps qu’elle en dessine les contours esthétique : amochée mais belle, bipolaire donc changeante, extrémiste, imprévisible. Et à l’image du dentier qui offre un nouveau sourire (quelle magnifique séquence) le film creuse sous le derme les beautés fanées. C’est tout à fait sain un si beau film malade.

MICHAEL OU LE PÉDOPHILE IMPROBABLE

Premier film pour l’autrichien Markus Schleinzer sous l’influence pathologique de Haneke. Le plus mauvais film de la compétition jusqu’à présent, et haut la main. Beaucoup de plans fixes, de gestes du quotidien et de regards. Il y a plusieurs trucs dégueulasses dans le film qui sont impardonnables. L’homme rejoue une scène vue la veille à la télévision : « voici ma queue et voici mon couteau, avec quoi préfères-tu que je te plante ? ». L’horreur est d’avoir réuni dans le même cadre le sexe de l’homme et l’enfant – ce dernier qui répond dans la foulée : « avec le couteau ». Impossible de ne pas se demander s’il s’agit bel et bien d’un trucage. Le réal balaye ainsi tous les enjeux moraux et franchit des seuils toujours plus abjects : entres autres le suspens inacceptable pour le dernier quart d’heure jusqu’au Sunny de Boney M qui accompagne le générique. Un faux film choc qui réclame la méprise. Le film a été hué, il ne le méritait même pas.

LA DONZELLE SANS VANITÉ OU LA REINE DES POMMES D’ADAM

Jamais je n’aurais imaginé qu’une Nintendo DS puisse me faire ainsi verser des larmes. La console - qui console - est au coeur de la scène sans en avoir l’air et elle renverse. Valérie Donzelli a ouvert magistralement la 50ème Semaine de la critique. La Reine des pommes déjà était beau, interprété avec une raideur égayée. Il pouvait agacer par sa complaisance de film fauché – la bricole comme manifeste. La Guerre est déclarée est un pur film de combat, comme son titre l’indique. Quelle est cette guerre qui se joue sous ce drame familial ? Il y en a plusieurs à vrai dire. Les Guerres sont déclarées. Il y a d’abord la guerre contre la maladie : la tumeur au cerveau de l’enfant. Il y a ensuite la guerre contre le délitement : du couple face à l’épreuve. Il y a ensuite la guerre pour la victoire de la joie. Savourez votre peine pour redessiner les contours du bonheur éphémère, léger et puissant. Et tous les fronts sont menés en équipe, jamais en solitaire. Les deux amants (Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm) et par extension leur famille (les parents vieillots élevés au Figaro excessivement inquiets de Juliette et la mère lesbienne de Roméo avec son amante) traversent les plans en s’épaulant. La Guerre est déclarée mais elle n’est pas violente, aucune discorde n’est permise. “- Pourquoi c’est tombé sur nous ? – Parce qu’on est capable de surmonter ça”. Ne jamais renoncer car la résistance s’impose, elle est une évidence. Ne jamais renoncer signifie aussi de ne pas oublier la joie. La provoquer quand elle s’en va. Le couple se répète sans cesse qu’il faut tenir, préférant dire les maux que les taire. Brigitte Sy (la mère de Roméo) disait, serpillère à la main, dans Les Baisers de secours : « je méprise les gens qui souffrent en silence ». La souffrance chez Donzelli n’est jamais enfouie, ou alors pas pour longtemps, car tout le film s’évertue à faire ressurgir les peines pour mieux les combattre (dans les dialogues mais aussi dans la mise en scène, qui propose des fulgurances jouissives). Et dans les tours de manège (voir BA), c’est le cœur fidèle d’Epstein qui clame son existence. Une fidélité à l’aimé et à soi. Un film dense qui ne force jamais, laisse de la place aux errances où se révèle et se relève la tristesse aux détours des masques fièrement portés. C’est très simple et très bizarre, donc très beau. Le film ne se prive pas d’excès et ils sont les bievenues. Quelques scènes particulièrement marquées esthétiquement (en quasi rupture avec l’ensemble) viennent bousculer le récit sans l’altérer, ce sont de jolis grumeaux qui se décomposent progressivement : une course folle dans l’hôpital, une chanson interprétée par les deux comédiens en surimpression romantique, des ballades et des sourires longuement ralentis  (difficile d’en dire plus sans spoiler totalement). À un moment, Roméo et son pote repeignent les murs de l’appartement à Paris tandis que Juliette est à Marseille pour l’IRM de son fils. Ils passent le rouleau blanc et Jacqueline Taieb s’immisce avec sa fac de lettres.  « En 1339, il y a eu la guerre » et la chanson coupe. Le vers suivant, hors-champ : « Celle qu’on a appelé la guerre de cents ans ». Si la chanson s’arrête avant, c’est que la guerre n’a pas de durée, elle est éternelle. Et le plus important : qu’est-ce qu’on se marre. Se marrer n’a jamais empêcher de pleurer, ce que le film n’oublie pas de rappeler. Roméo et Juliette, cette fois, ne mettent pas fin à leurs jours. Ils engendrent Adam et mangent des pommes (d’amour). 

Qu’est-ce qu’on se marre